Le Conte du coupeur de bambou – Histoire de la princesse Kaguya 9/10 『竹取物語』をフランス語で読む

IX. La Confession de la princesse Kaguya

Ainsi, alors qu’ils apaisaient réciproquement leurs cœurs, environ trois années passèrent. Au début du printemps, voyant la lune se lever avec grâce, la princesse Kaguya semblait plus songeuse qu’à l’ordinaire. Quelqu’un la remontrait en disant : « Il est interdit de contempler le visage de la lune » ; mais, à la moindre occasion, dès qu’elle était seule, elle regardait la lune et pleurait amèrement.

À la pleine lune du septième mois, elle sortit s’installer dehors, avec l’air profondément plongé dans ses pensées. Les serviteurs proches en avertirent le vieux coupeur de bambous : « Certes, la princesse a toujours été sensible à la lune, mais ces derniers temps, ce n’est plus chose ordinaire. Elle doit avoir des choses qui la tourmentent profondément. Veuillez bien l’observer attentivement. » L’ayant appris, le vieil homme dit à la princesse Kaguya : « Qu’avez-vous à l’esprit pour contempler ainsi la lune avec cet air si sombre, alors que ce monde est si beau ? » La princesse Kaguya répondit : « Quand je regarde la lune, ce monde me paraît triste. Qu’aurais-je donc à déplorer ? »

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Le Conte du coupeur de bambou – Histoire de la princesse Kaguya 8/10 『竹取物語』をフランス語で読む

VIII. La sortie de chasse de l’Empereur — La demande en mariage de l’Empereur

L’Empereur, ayant entendu dire que la princesse Kaguya était d’une beauté sans pareille en ce monde, s’adressa à la dame de cour Fusako de Nakatomi en ces termes : « Cette princesse Kaguya, qui ruine vainement la vie de tant d’hommes sans consentir à s’unir à aucun d’eux, quelle sorte de femme peut-elle donc être ? Allez la voir. » Fusako reçut cet ordre et se rendit auprès d’elle.

On fit respectueusement entrer la dame de cour dans la demeure du coupeur de bambou, où elle fut accueillie avec tous les égards. Fusako s’adressa à la vieille femme : « Selon ce qu’a dit l’Empereur, la princesse Kaguya jouit de la réputation d’une beauté remarquable. Et comme il m’a ordonné de l’examiner attentivement de mes propres yeux, je suis venue. » La vieille femme répondit : « En ce cas, je vais lui transmettre votre message », puis elle entra dans la chambre de la princesse.

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Le Conte du coupeur de bambou – Histoire de la princesse Kaguya 6/10 『竹取物語』をフランス語で読む

Le joyau du cou du dragon — Le Grand Conseiller Ōtomo no Miyuki

Le Grand Conseiller Ōtomo no Miyuki convoqua tous les gens de sa maison et leur déclara : « Il paraît qu’il existe, au cou du dragon, un joyau brillant de cinq couleurs. À celui qui me le rapportera, j’accorderai tout ce qu’il désirera. » Les hommes, ayant entendu ces paroles, répondirent : « Vos ordres sont des plus honorables. Cependant, ce joyau ne saurait s’obtenir aisément. En outre, comment pourrait-on prendre le joyau du cou du dragon ? » Ainsi s’entretenaient-ils entre eux. Le Grand Conseiller reprit : « Le serviteur de son seigneur doit essayer, au risque du sacrifice de sa propre vie, d’accomplir l’ordre du seigneur. Il n’existe pas dans ce pays, et il n’est pas non plus venu des Indes et de la Chine. Le dragon monte et descend entre la mer et les montagnes. Pour quelle raison pensez-vous que c’est chose difficile ? » Les hommes répondirent : « En ce cas, que faire d’autre ? Aussi difficile que ce soit, nous obéirons à vos ordres et partirons le chercher. » Le Grand Conseiller les regarda en souriant et dit : « Vous êtes connus comme les serviteurs de ce seigneur. Comment pourriez-vous désobéir à sa volonté ? » Sur ces mots, il les dépêcha pour aller quérir le joyau du cou du dragon, en leur remettant tout ce que le manoir contenait — soieries, coton, monnaie. « Je demeurerai ici à attendre en me purifiant. Ne revenez pas à la maison sans avoir obtenu ce joyau », dit-il. Et chaque serviteur partit après avoir reçu l’ordre du seigneur.

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Le Conte du coupeur de bambou – Histoire de la princesse Kaguya 5/10 『竹取物語』をフランス語で読む

V. Le manteau de fourrure de la souris de feu — Le Grand Ministre de droite Abe no Mimuraji

Le Grand Ministre de droite Abe no Mimuraji était un homme dont la fortune était abondante et dont la famille prospérait. Il écrivit une lettre à Wang Qing, propriétaire d’un navire venu de Chine qui faisait escale cette année-là, et lui dit : « Achetez et envoyez-moi ce que l’on appelle le manteau de fourrure de la souris de feu. » Et parmi ceux qui étaient à son service, il choisit un homme de confiance nommé Ono no Fusamoto et le dépêcha avec la lettre. Muni de celle-ci, Fusamoto y arriva et remit de l’or à Wang Qing, qui ouvrit la lettre et rédigea sa réponse : « Le manteau de fourrure de la souris de feu n’existe pas en Chine. J’en ai entendu parler, mais je ne l’ai encore jamais vu de mes propres yeux. Si une telle chose existait en ce monde, on l’aurait certainement déjà apportée jusqu’à ce pays. C’est là un commerce des plus difficiles. Cela dit, si par chance il s’en trouvait aux Indes, et si je le découvrais en rendant visite à quelque personne extrêmement riche, je vous l’enverrai. Mais s’il demeure introuvable, je vous rendrai l’or en le confiant au messager. »

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Le Conte du coupeur de bambou – Histoire de la princesse Kaguya 3/10 『竹取物語』をフランス語で読む

III. Le bol de pierre de Bouddha – le Prince Ishizukuri

Au crépuscule, les prétendants se rassemblèrent comme à l’accoutumée. Certains jouaient de la flûte, d’autres chantaient, solfiaient, sifflaient ou battaient la mesure avec leur éventail. Le vieillard sortit et leur dit : « Je vous adresse mes plus profonds remerciements pour votre venue assidue en ce lieu modeste, durant toutes ces années. J’ai dit à ma fille que mes jours étaient comptés et qu’elle devait prendre une décision et choisir parmi les prétendants. Elle m’a répondu que j’avais raison, et que ces messieurs étant tous d’égale valeur, elle pourrait faire son choix si quelqu’un lui apportait l’objet de son désir. D’après cela, elle décidera à qui elle accordera sa main. Je lui ai alors répondu que c’était une bonne idée : ainsi, personne n’éprouvera de ressentiment. » Les cinq hommes acquiescèrent : « C’est ce que nous souhaitons. » Alors le vieillard rentra au fond de la maison pour transmettre cet accord à la princesse.

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Le Conte du coupeur de bambou – Histoire de la princesse Kaguya 2/10 『竹取物語』をフランス語で読む 

II. Les demandes en mariage des prétendants

Ces hommes erraient, égarés, dans des lieux délaissés, mais leurs recherches ne semblaient pouvoir aboutir à rien. Ils tentaient de parler aux gens de la maison, mais on ne leur prêtait aucune attention. Nombreux étaient les fils de bonne famille qui ne quittaient pas les environs, y passant jours et nuits. Les moins obstinés finirent par se dire : « Ces démarches sans effet ne mènent à rien », et cessèrent de venir.

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Le Conte du coupeur de bambou – Histoire de la princesse Kaguya 1/10 『竹取物語』をフランス語で読む 

Le Conte du coupeur de bambou est, d’après Le Dit de Genji, « l’ancêtre de tous les contes » ; en réalité, il aurait été composé entre la seconde moitié du IXe siècle et la première moitié du Xe siècle. Depuis cette époque jusqu’à nos jours, l’histoire de la descente de la princesse Kaguya sur la terre et de son retour à la lune est connue et appréciée au Japon.

Mais, chose curieuse, comme les Japonais ne connaissent souvent cette histoire que par tradition orale, et donc de manière très sommaire, il leur arrive de ne connaître ni les épisodes des prétendants de la princesse Kaguya ni la fin du conte, notamment celle qui concerne l’élixir d’immortalité.

Ainsi, il est particulièrement intéressant, non seulement pour les lecteurs français mais aussi pour les Japonais, de lire Le Conte du coupeur de bambou dans une version écrite, aussi proche que possible du texte original aujourd’hui perdu.


I. Genèse de la princesse Kaguya

Il était une fois un vieil homme que l’on appelait le Vieux Coupeur de Bambou. Il parcourait monts et champs pour récolter des bambous, avec lesquels il fabriquait toutes sortes d’objets. Son nom était Sanuki no Miyatsuko. Un jour, parmi les bambous, il en trouva un dont la base brillait d’un éclat singulier. Trouvant la chose étrange, le vieillard s’en approcha pour regarder de plus près : l’intérieur de la tige était tout lumineux. En y regardant attentivement, il vit qu’une minuscule enfant d’environ trois pouces y était assise, d’une beauté ravissante. Le vieillard dit alors : « Je vous trouve dans ce bambou que je vois matin et soir. Vous êtes donc destinée à devenir mon enfant. » Il la prit dans le creux de sa main et l’emporta chez lui. Il la confia à sa femme pour l’élever. La petite fille était d’une beauté sans pareille. Comme elle était extrêmement petite, on l’éleva en la plaçant dans une corbeille.

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